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Martin Besson

Biberonné à la provocation et à l’anticonformisme, cet entrepreneur de 21 ans a lancé le premier média consacré aux SDF et aux exclus du système. Sa devise : rendre visible les invisibles.

 

À 19 ans, il créé le premier média dédié aux sans-abris
• Insomniaque et accro au café
• Plus attiré par les frontières de la marginalité que par le déhanché de Rihanna
• Chroniqueur sur France 2 dans l’émission Mille et Une Vies présentée par Frédéric Lopez
• Fan de documentaires en tout genre
• Sa plus grande peur : perdre sa flamme

Martin Besson en connaît un rayon sur l’exclusion. Il faut dire que la provocation est un des traits de caractère de celui qui vous raconte sa vie comme une succession d’anecdotes, tout en ponctuant chacune de ses phrases d’un « Ça me gonfle ! ». Il y a eu cette fois en CM1 où ses parents ont dû le changer d’école après qu’il ait alpagué avec insolence sa maîtresse en la sommant de faire preuve d’un peu d’autorité. Et puis cette autre fois où il s’est fait virer pour avoir organisé un trafic de cigarettes électroniques dans son lycée dont son père, expert-comptable, administrait les comptes. À 17 ans, ce fils de bonne famille s’est retrouvé sur le carreau : sans école, sans avenir. Exclu du système, le Benjamin de la fratrie n’a eu d’autre choix que de creuser son sillon. Plus attiré par les frontières de la marginalité que par le déhanché de Rihanna, cette forte tête s’est penchée à l’été 2013 sur la situation des SDF. À ses parents décontenancés il a lancé un jour de septembre 2013 : « Je vais passer une semaine dans la rue, dans la peau d’un sans-abri pour comprendre leurs besoins. » Le cul vissé sur le trottoir de la prestigieuse école de Science Po, il a eu le sentiment d’être « un moins que rien ». « C’est là que j’ai compris que je devais rendre visible les invisibles », s’exclame-t-il avec fougue. Un coup de génie altruiste qui l’a propulsé sur le devant de la scène médiatique.

Changer le regard sur l’autre
Attablé dans un troquet du XIXe arrondissement, non loin de la maison où se tourne l’émission Mille et Une Vies dans laquelle il est chroniqueur, Martin Besson enchaîne les cafés comme il aligne les qualificatifs pour se définir. « Cynique, chiant, provocateur, bidouilleur, innovateur… » L’animal ne mâche pas ses mots. Depuis trois ans, il appartient pourtant à la catégorie des entrepreneurs précoces. De ceux qui ont tôt fait de décrocher à l’école pour tailler leur propre route en dehors des sentiers battus. Besson est un autodidacte qui étanche sa soif de culture la nuit à grand renfort de documentaires.
À 21 ans, il est à la tête de Sans A, le premier média en ligne dédié aux victimes de l’exclusion sociale. « Sans A comme sans abri, sans argent, sans affection, sans attention, sans avenir… mais avec une histoire à raconter », explique le fondateur qui fouille les trajectoires de vie des oubliés de la société. Des anciens taulards aux sans-abris en passant par les ouvriers abîmés par le travail à l’usine, ce web magazine rend visible les invisibles avec la volonté de changer le regard sur l’autre. Pari réussi.

Interroger et mobiliser les lecteurs
Depuis sa création il y a deux ans, Sans A a fédéré une communauté de 15 000 personnes sur Facebook, recruté deux salariés et levé 40 000 euros lors d’une opération de crowdfunding orchestrée en mai dernier sur la plateforme Ulule. Récemment, 180 candidats ont postulé pour intégrer les rangs du magazine qui défend un journalisme engagé bien loin de l’étiquette militante que certains médias français essayent de lui coller. « Rigueur, objectivité et transparence sont les maîtres-mots. Nous proposons un journalisme de solutions où l’information se doit d’avoir un impact », explique Martin Besson qui engage sa communauté à voter pour les sujets qu’elle souhaite voir abordés.
Lire Sans A, c’est découvrir le parcours du combattant entrepris par Eric pour se réinsérer après dix-huit ans passées à l’ombre. C’est aussi plonger dans la dure réalité du travail nocturne avec Malika, ouvrière depuis 25 à l’usine PSA à Poissy. C’est oser s’intéresser à la folle épopée amoureuse d’Annie et Jean-Paul, un couple de sexagénaire resté soudé après plusieurs mois passés sur le bitume. Autant d’histoires qui interrogent les lecteurs et les incitent à se mobiliser pour trouver des solutions.
Grâce à sa communauté, Sans A agit. Le magazine a récolté 540 euros pour offrir un week-end à Disneyland à Sophie, 36 ans, trois enfants, intérimaire de nuit à Roissy depuis une décennie. Pour Jean-Claude, sans abri depuis 30 ans, l’équipe a passé une annonce pour lui dégoter une canne à pêche, son rêve. « Chaque jour, Sans A reçoit des dizaines de messages positifs. Cela vaut tout l’or du monde ! Cela veut dire que l’on a un impact et que c’est utile », se félicite le fondateur de Sans A.
À la question est-ce facile d’avoir un impact en 2017, Besson répond sans ambages : « Bien sûr ! Peu importe ce que vous faites, il suffit de le faire bien. Vous pouvez simplement dire « Bonjour » à un SDF ou vous arrêtez deux minutes pour échanger avec lui. Le nombre de fois où je me suis pris une claque avec une discussion. On a tous quelque chose à apprendre des autres. »

http://sans-a.fr/

PROPOS RECUEILLIS LE 2 DECEMBRE À PARIS, 09:56 HEURE LOCALE



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