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Paulin, Paulin, Paulin

Il a marqué l’histoire du design contemporain. Cinq ans après sa disparition, le designer français Pierre Paulin reste un survivant de la modernité comme il aimait à se définir. Au point de créer une véritable Paulin mania. Cette année 2015 a vu son oeuvre célébrée à Miami lors de l’Art Basel Design, puis à Paris à la galerie Perrotin où des pièces inédites sont exposées jusqu’à fin décembre. Sans compter la kyrielle de rééditions lancée par Ligne Roset et par la société Paulin Paulin Paulin créée par Maïa Wodzislawska, l’épouse du designer, et Benjamin, son fils. Ensemble, ils perpétuent ce devoir de mémoire. Point d’orgue au printemps 2016 avec une exposition au Centre Pompidou Paris.

 

Son chef d’œuvre : la table Cathédrale prototypée en 1981
• Premiers meubles édités par l’entreprise Thonet-France en 1954
• Estampillé «designer du pouvoir»
 pour avoir réalisé les appartements
 privés des Pompidou à L’Elysée en 1971
 et le bureau de François Mitterrand en 1984
• À son actif, le foyer des artistes de la Maison de la Radio et l’aile Denon du musée du Louvre
• Le Ministère de la Culture chercherait un emplacement pour les Jardins à la Française restés à l’état
 de maquette
• Du 11 Mai au 22 Août 2016 aura lieu une rétrospective Pierre Paulin
 au Centre Pompidou Paris

 

C’est une mise en bouche avant la grande rétrospective. Il est 11 heures lorsque Benjamin Paulin passe la porte de la galerie Emmanuel Perrotin située dans le quartier du Marais à Paris. Sourire franc du collier, regard aiguisé, tignasse ondulée… La ressemblance avec son père est aussi saisissante que sa poignée de main chaleureuse. Lui, c’est le fils du designer Pierre Paulin. Ce matin, il s’est déplacé en personne pour conduire la visite de cette exposition inédite qui rassemble huit créations d’exception, peu ou jamais diffusées du vivant de l’artiste. « On a voulu présenter des pièces de mon père avec en écho des œuvres réalisées par des artistes contemporains comme César et Candia Höfer », explique Benjamin.

Nelson, Bertoia et Eames
Tout au long de cette visite, on y apprend que M. Paulin puisait son inspiration dans des lignes de production comme celles de George Nelson, Harry Bertoia et Charles Eames. On y découvre également cette maquette de 1986 baptisée Les Jardins à la Française alors en lice contre le projet de Daniel Buren qui l’a finalement emporté. « Si cela avait abouti, cela aurait pris la forme d’un jardin minéral composé de différentes couches de granite et de points d’eau », décrit le fils Paulin avant de révéler que les discussions sont toujours en cours avec le ministère de la Culture. En promenant notre regard, on tombe nez-à-nez avec cette table Cathédrale, prototypée avec le Mobilier national en 1981. « Mon père l’a toujours considérée comme son chef d’œuvre. Il était vraiment très fier de lui ce qui était assez rare », confie à demi-mot Benjamin.

Des pièces de mobilier intemporelles
Pourtant, Pierre Paulin n’a pas démérité pendant ses quarante années de carrière. Ses premiers meubles ont été édités par l’entreprise Thonet-France en 1954, avant qu’il ne rejoigne quatre ans plus tard, la maison hollandaise Artifort pour laquelle il a créé une gamme de sièges contemporains parmi lesquels la célèbre Tongue Chair. Une décennie plus tard, c’est la consécration : ses créations font leur entrée dans les collections du MoMA à New York. C’est à cette époque que Pierre Paulin rencontre les dirigeants de l’entreprise américaine Herman Miller spécialisée dans les meubles de bureau. Il leur propose d’adapter leur système de modularité – initialement développé pour les hôpitaux et les bureaux – aux habitations. Mais c’était sans compter la crise pétrolière de 1973. La firme décide finalement de ne pas investir. Les maquettes sont longtemps restées lettre morte. Jusqu’à cette exposition.
En observant attentivement cet Ensemble Dune qui tapisse le sol de la galerie avec une multitude de fauteuils ondulants, c’est la modernité de ces formes, imaginées en 1970, qui surprend. « Il savait ajouter cette petite touche d’élégance qui confère à son œuvre une certaine intemporalité », constate Benjamin. Il est vrai que Pierre Paulin n’a pas son pareil pour concevoir des environnements et des pièces de mobilier au service du confort. Avec lui, l’expression « art de vivre » prend tout son sens. En témoigne, cette Déclive de 1966 qui de prime abord ressemble à une chaise longue géante. « Il n’y a que deux prototypes », nous dit-on. Celui exposé chez Perrotin a longtemps meublé l’appartement de Pierre Paulin.

Sur le modèle de la Villa Noailles
Il y a d’ailleurs une photo accrochée discrètement dans un coin de la galerie. « Ce sont les pieds de mon père que vous voyez dépasser », s’amuse Benjamin. En découvrant ce cliché, on imagine aisément Pierre Paulin bullant dans un de ses confortables fauteuils. Et son fils de nous dévoiler : « Venant de quelqu’un qui a autant œuvré pour le confort, je ne l’ai paradoxalement jamais vu vautré dans un canapé. » « Pierre est décédé en juin 2009 et il était encore sur sa table à dessin en mai », renchérit Maïa Wodzislawska, son épouse qui a, au printemps dernier, fait don au Centre Pompidou d’un exceptionnel fond d’archives dédié à l’œuvre du designer. Une cinquantaine de dessins devraient être présentés en mai prochain en plus des soixante-dix pièces de mobilier. En attendant que la maison familiale située dans le parc national des Cévennes soit ouverte au public. « Un peu sur le modèle de la Villa Noailles…en toute modestie », rêvent la mère et le fils.

Votre père se présentait-il comme un designer ?
Le mot n’existait pas à l’époque. Il est d’ailleurs apparu assez tardivement. Mon père ne s’est jamais présenté comme un artiste. Il pensait qu’à partir du moment où l’on obéissait à une logique fonctionnelle en répondant à un besoin clair, on ne pouvait pas se prétendre artiste. C’est la raison pour laquelle, nous n’intégrons pas le mot «art» même si nombreux sont ceux à le considérer ainsi.

Paulin Paulin Paulin, c’est quoi ?
À mi-chemin entre la fondation et l’entreprise, il s’agit d’une structure familiale au sein de laquelle ma mère, ma femme et moi travaillons – aux côtés d’anciens collaborateurs de mon père – à la valorisation et à la défense de son œuvre. Actuellement, nous préparons l’exposition qui aura lieu en mai prochain au Centre Pompidou à Paris. Nous avons également collaboré avec la maison Louis Vuitton et plus récemment avec la galerie Perrotin. Ponctuellement, Paulin Paulin Paulin a vocation à rééditer des modèles inédits.

Quand vous étiez petit, comment Pierre Paulin partageait-il sa passion ?
Dans l’appartement familial, il y avait peut-être deux trois chaises Thonet et Eames et une table Saarinen, mais nous vivions au milieu des prototypes. C’était fantastique ! Mon père n’était pas un théoricien. Il créait les choses, il ne les racontait pas.

À l’époque, les marques contactaient-elles directement Pierre Paulin pour collaborer avec lui ?
Mon père avait des idées et il n’attendait pas forcément de rencontrer les clients pour travailler. J’ai d’ailleurs des piles de dessins de montres et de voitures qu’il a par exemple dessiné pour Renault sans même avoir rencontré les dirigeants de la marque.

En mai prochain, qu’allez-vous dévoiler lors de cette rétrospective au Centre Pompidou à Paris ?
Il sera surtout question de retracer les grandes étapes de l’œuvre de Pierre Paulin entre 1951 et jusque dans les années 1980. Au cours de cette période, mon père a vraiment été le chef de file de toute une génération de designers. Il a démocratisé le mobilier industriel en créant des formes organiques à partir de tissu extensible mêlé à de la mousse Pirelli. Puis dans les années 1980, alors que la plupart des designers creusaient ce sillon, lui, a pris un virage à 180 en opérant un retour aux pièces fabriquées en bois. En 1983, il a présenté aux Arts Décoratifs une collection en édition limitée entièrement réalisée avec ce matériau noble. Nous voulons faire perdurer cet esprit de collection capsule qui a tant fait sens pour lui. Avec Paulin Paulin Paulin, nous nous attachons chaque jour à ne pas trahir son dessein ni sa volonté.

PROPOS RECUEILLIS LE 5 DECEMBRE À PARIS, 11:00 HEURE LOCALE



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