PHL heeleyok

Le talentueux Mr Heeley

Son atelier est planqué passage du désir. Il est anglais, épris de liberté, amoureux de la nature et roule en fixie. James Heeley, officiellement designer olfactif – officieusement sculpteur, graphiste, philosophe – dirige la maison de parfum de luxe qu’il a fondée, une indépendance des plus rares en Europe. Il fait bouger les lignes, il est Paris Heure Locale, il est le talentueux Mister Heeley.

 

• Naturellement bien senti
• 48 ans
• Designer olfactif
• Diffuseur d’ambiance
• Signe créatif distinctif – A compris l’essence du monde
• Créateur de 17 fragrances au packaging multi-usages
• Open son Mag’ : « Le graphisme offre cette lisibilité qui structure les époques : il est vital pour les marques »

 

Il aurait pu se contenter de suivre la voie qui lui était toute tracée dans les hautes sphères de la justice anglaise, mais cet esthète créatif dans l’âme – diplômé du King’s College en philosophie et esthétique – aime la sculpture, le graphisme, l’architecture et Paris. Quand il traverse la Manche à 21 ans pour se libérer du carcan familial, il rejoint l’agence de communication d’un copain pour apprendre le graphisme. Le week-end, il sculpte et travaille les métaux dans un atelier situé dans le quartier du Père Lachaise, la Villa Riberolle. Il y côtoie le petit-fils de Matisse et le soudeur de Niki de Saint-Phalle. « J’étais comme un poulet sans tête qui part dans tous les sens. Je voulais apprendre, me libérer », se souvient-il.

Autodidacte formé à l’école de la rue par des mentors glanés dans des recoins d’ateliers, Heeley est un pur produit du système D : son dada, sculpter des vases en zinc.
Le début de son ascension, il le doit à Christian Tortu. Adulé par les grandes maisons de luxe qui se l’arrachent, le fleuriste est séduit par les créations du jeune Heeley. Et voilà, le natif du Yorkshire propulsé dans la galaxie des branchés. « Pénétrer dans la boutique de M.Tortu, c’est entrer dans un temple de créativité. Sa vitrine était comme un cabinet de curiosité. Il influençait une nouvelle vague dans l’art floral », raconte le designer dont le succès a ensuite été fulgurant. De l’architecte Andrée Putman au concept-store parisien Colette, tous plébiscitent les créations de James Heeley qui se vendent par milliers, tout comme ses collections de luminaires et autres objets autour des arts de la table.
La rencontre avec Annick Goutal en 1996 marque un tournant pour le designer déjà fasciné par les odeurs. « Je voulais comprendre les rouages pour reconstituer le parfum qui envahit nos sens en entrant chez le fleuriste. » Heeley frappe à la porte de Patrick de Givenchy et lui propose de recréer l’odeur du figuier. Mais c’est l’élaboration du parfum Menthe Fraîche en 2006 qui va jeter un pavé dans la mare. « À l’époque, c’était original de concentrer la formule autour d’un ingrédient particulier », confirme James qui a désormais à son actif dix-sept fragrances mixtes. Son inspiration, il la puise dans la nature et dans ses nombreux périples durant lesquels il découvre de nouveaux territoires olfactifs. Comme ce Vetiver Veritas, 100 % naturel, qui confirme la volonté du parfumeur de retranscrire les senteurs issues de la nature. Avec ses notes de bois exotiques, santal et oud, sa dernière création, Phoenicia, est une invitation au voyage oriental. Dans son atelier, James Heeley dévoile son cap créatif.

C’est quoi le parfum ?
C’est la recherche d’une perfection qui nous échappe et que l’on ne saisit jamais.

L’odorat est-il un sens mal aimé ?
Il est souvent oublié et négligé. Pourtant, c’est un de nos sens les plus développés. C’est lui qui nous aide à la compréhension. Il est toujours fortement évocateur, il créé des images, révèle des histoires. La bonne odeur dans un bon contexte complète une émotion. C’est une forme d’esthétisme.

Votre odeur préférée ?
Le jasmin. C’est une des odeurs qui me donne le plus de sensations. Je crois que c’est culturel : sentir le jasmin sur une route d’Angleterre comme une annonce de l’été qui arrive. C’est d’ailleurs, une des rares essences qui reste fidèle en parfumerie.

Quelle est l’importance du packaging ?
Aujourd’hui, il doit être innovant et réutilisable. Les parfums Heeley sont enveloppés dans un monobloc de mousse qui peut se transformer en vase. Discret et simple le packaging des bougies Heeley Manor, en verre soufflé, peut aussi être réutilisé comme vase ou pot à crayon.

Le graphisme, c’est has-been ?
Non ! C’est un carrefour entre différents types d’art. Il organise le monde. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que nous sommes bombardés d’images. Parce que le graphisme offre cette lisibilité qui structure les époques, il est vital pour les marques.

Le luxe, c’est quoi pour vous ?
Tout sauf une question d’argent ! Le luxe, c’est le temps et surtout le savoir. Car le luxe devient ridicule si les gens sont ignorants…

www.jamesheeley.com/fr/

Propos recueillis le 02 avril à Paris, 10:30 Heure Locale

 



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