PHL camille

Dans l’enfer de Camille Emmanuelle

 À la rentrée, vous aviez promis de dire « Stop au bordel urbain ! » L’automne à peine arrivé, Paris prend déjà des allures de cité infernale. Pour vous éviter le bagne, la rédaction a rencontré Camille-Emmanuelle, la spécialiste de l’Enfer parisien. Lovée dans un fauteuil de la librairie Shakespeare, la journaliste historienne de la culture érotique livre ses secrets pour réveiller les plaisirs de consommer la vi(ll)e.

  


  • Parisienne à la page
  • 34 ans
  • Journaliste spécialiste de la culture érotique
  • Consultante auprès des marques
  • Signe créatif distinctif – En connaît un rayon sur l’Enfer parisien
  • Auteur de Paris-couche-toi-là – Guide des adresses sexy de la capitale
  • Open son Mag’ : « Dans dix ans, l’expression la ménagère de moins de 50 ans n’existera plus »

 

PHL : Votre arrivée à l’heure locale parisienne ?

Camille-Emmanuelle : Débarquer à Paris, c’est avoir un coup de foudre amoureux. Au début, on est subjugué. On séduit la ville, on se laisse charmer. On s’approprie ses trottoirs en battant le pavé perchée sur des hauts talons. Mais après avoir enchaîné les nuits blanches, la fatigue prend le pas. Pour ne pas laisser la routine s’installer, il faut apprendre à désirer à nouveau Paris. Et puis c’est bien connu on s’amuse plus en Enfer qu’au Paradis !

C’est quoi l’Enfer parisien ?

C’est avant tout le nom des rayonnages où sont cachés les livres licencieux. En 2007, la Bibliothèque nationale de France a ouvert au public son Enfer nourri de quelques 350 livres de littérature érotique et pornographique vieux de cinq siècles.

Existe-t-il un kit pour survivre dans ce bordel urbain ?

Par pitié, ne cédez pas à l’appel des ballerines ! Foncez chez Ernest, où Isabelle la spécialiste du talon haut de 14cm vous sauvera de la damnation urbaine par platitude.

Dernier péché capital ?

Le lancement des Lego pour filles !

La publicité suit-elle les bonnes mœurs ?

Même en passant en revue les années 1970, les stéréotypes de genre n’ont jamais été aussi puissants qu’aujourd’hui. C’est inquiétant de voir des marques comme Stabilo lancer un surligneur ciblant exclusivement les filles avec un packaging revendiquant une silhouette élancée, des courbes adoucies et un toucher velours.

Quel reflet voyez-vous dans le miroir publicitaire ?

Malheureusement, l’image est souvent la même : la femme blonde, mince et muette représentée comme un objet de désir pendant que l’homme puissant et riche impose une image de domination. 

Les images du sexe sont-elles devenues des produits de consommation ?

La vague de porno-chic des années 1990 a provoqué une hyper-sexualisation de la société. Les corps dénudés sont présents dans la publicité pour vendre du parfum comme des yaourts. Mais attention à ne pas tout confondre. Une femme dénudée n’est pas forcément sexuelle. Le corps peut être utilisé pour véhiculer un message cognitif pertinent. Par exemple, dévoiler une poitrine pour une campagne de lutte contre le cancer du sein.

Les marques ont-elles intérêt à utiliser l’iconographie du plaisir ?

Certaines le font déjà avec beaucoup d’humour. Le dernier clip de campagne de Durex, Real Feel, met en scène le plaisir d’un homme et d’une femme en mixant le dessin animé à la réalité filmée. C’est une excellente façon de jouer sur les représentations. Même démarche pour Crocker Jeans qui a récemment défié les stéréotypes de genre. Pour présenter sa collection homme et femme, la marque brésilienne a scénarisé une rencontre avec une seule mannequin androgyne : Erika Linder interprète les deux rôles masculin et féminin. Ce pari osé a porté ses fruits. Crocker Jeans a créé le buzz et élargi son public en s’appropriant les codes de la culture Drag King.

Dans l’enfer des représentations, quelle est la sortie de secours pour les publicitaires ?

Préférer les chemins de traverses aux portes ouvertes enfoncées. Certaines publicités s’approprient par exemple les nouveaux codes des féminismes. Avec la campagne Run Like A Girl, la marque Always a jeté un vrai pavé dans la mare.

Un livre de chevet ?

Aujourd’hui, tous les publicitaires devraient avoir sous leur matelas Le nouvel ordre sexuel de Serge Hefez. J’aime beaucoup cet extrait « Il s’agit de faire co-exister cette certitude « je suis un homme » ou « je suis une femme » avec une identité plurielle pétrie de mouvement, de changement, d’interaction, de perméabilité, de processus et de flux. » 

Un péché mignon ?

Les librairies ! Pour sa sélection pointue de bandes-dessinées et ses apéros littéraires, filez au Monte-en-l’air situé dans le vingtième arrondissement.

Votre présent correspond-il à l’idée que vous en aviez enfant ?

À 8 ans, je voulais être présidente de l’ONU et sauver la planète ! J’ai rapidement déchanté. Trop ambitieux. Aujourd’hui, j’aspire seulement à ouvrir les esprits et élargir les champs de vision comme ceux des possibles. Certes, je parle de la bagatelle mais c’est loin d’être superficielle. Les débats autour de la sexualité portent autant sur la culture pop que sur les rapports entre hommes-femmes, le couple, les stéréotypes sociétaux et les tabous.

Open your mag’ du futur. Que voyez-vous ?

Il y a des tonnes de pages de pub avec des femmes rondes et des hommes chauves ! Et lors des briefings orchestrés par les marques il ne faut surtout pas utiliser l’expression : la ménagère de moins de 50 ans. C’est devenu has-been

Propos recueillis le 02 novembre à Paris, 12:30 Heure Locale

Librairie Shakespeare&Cie  35, Rue de la Bûcherie 75005 Paris – 01 43 25 40 93

Ernest  75, Boulevard de Clichy 75009 Paris – 01 45 26 97 20

Monte-en-l’air  2, Rue de la mare 75020 Paris – 01 40 33 04 54

 Retrouvez toutes les chroniques de Camille-Emmanuelle :

leplus.nouvelobs.com/camille-emmanuelle

Paris-couche-toi-là  (éditions Parigramme)

paris-couche-toi-la-52f380cbd8316



Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre